Archives mensuelles : novembre 2009

Les conversations du midi

J’ai mené une étude approfondie sur les sujets de discussions pendant le repas, en comparant des français et des allemands.

D’abord, je tiens à préciser que je ne parle pas trop pendant les repas, et donc mon étude statistique en est d’autant plus fiable car je ne fausse pas les sujets en discussion.

En résumé, vu de loin les français et les allemands sont pareils, ils font des blagues et rigolent. Vu de près, ça n’a rien à voir : les français parlent de cul et les allemands de voitures.

Les blagues des français vues par un allemand

Les blagues de cul, tout le monde connait. Suivant le QI des personnes, ça peut être des blagues du zérozième degré au raz de la paquerette, ou des blagues du second degré ou plus, avec des jeux de mots, des contropéteries, etc. Les blagues du second degré (mes spécialités…) sont encore plus drôles dans un contexte international, car les allemands ne les comprennent pas. On se fait donc des clins d’oeils entre français pendant que l’allemand fait une tête hésitante si le jeu de mot est mal fait et rend le propos flou, ou une tête tout à fait normale si le jeu de mot est passé inaperçu, et est donc un succès.

Application pratique : je viens d’inventer le premier instrument de mesure de la qualité d’un jeu de mot, basé sur la réaction lisible dans le visage d’un allemand.

J’ai fait une expérience supplémentaire à ce sujet : que se passe-t-il si on explique la blague en détail ? Est-ce allemand-proofed? Et bien non ! Après 30 minutes d’explications laborieuses, on est récompensé par un rictus de commisération. Ça n’est pas juste un problème de langue, c’est aussi une différence de mentalité. Ce genre de blagues ne fait pas rire les allemands.

Les blagues des allemands vues par moi

Typiquement, une blague de voiture qui fait rire un allemand, ça ressemble à ça :
– j’ai un copain qui a une Volkswagen.
note : même si c’est lui qui a la Volkswagen il dira toujours « un copain ».
– hihi ohoh moi j’ai une BMW hihi.
note : même les allemands qui n’ont pas de BMW répondent qu’ils ont une BMW.
– haha hoho huhu ma voiture fait vroum vroum
note : en allemand, « vroum » se dit « Brumm ».
– hihi pov mec, la mienne fait Vrouuuuum Vrouuuuuum avec une majuscule et plus de « u » ahah.

Une autre blague allemande c’est de dire, quand on entend une voiture qui n’arrive pas à démarrer: « tiens, c’est une Renault ».

Bon c’est un résumé, mais les paramètres magiques pour faire une bonne blague de voitures en allemand sont les suivants :
1. tous ceux qui n’ont pas de BMW sont des pov types dignes de se faire rigoler au nez, surtout ici en Bavière.
2. plus la voiture va vite ou a de la puissance, plus c’est drôle (tant qu’on n’a pas d’accident).

Vous allez dire que j’exagère. Je le croyais aussi, et j’avais partagé ma théorie comme ça en passant l’autre jour. Or le même jour, un allemand, ignorant de toutes mes théories, a osé raconter à table l’histoire suivante :
– vous savez pas ce qui m’est arrivé l’autre jour ? J’ai rêvé que j’achetais une BMW (modèle série 6, si vous trouvez ça plus drôle). Une très belle voiture avec des sièges en cuir et des détails dont je me fiche complètement. Mais, le lendemain matin, c’est une Opel qu’on m’a livré, alors je me suis réveillé en sursaut car c’était un cauchemar !

Et tous les allemands ont tous rigolé, tous. Et moi je n’ai pas rigolé, mais j’ai eu ce sentiment de fierté personnelle qui se produit quand une de mes théories à la con est confirmée. Je me suis dit que pour sa peine, j’allais mettre son histoire sur mon blog.

Pourquoi n’y a-t-il pas de blagues de cul en allemand ?

Explication 1 : parce que ce ne sont pas des obsédés.

Explication 2 : parce que les jeux de mots ne fonctionnent pas en allemand. Les contrepèteries n’existent pas, et les blagues du genre « j’ai un cours de langue avec machine » ne se traduisent pas, car la langue rugueuse et la langue mouillée ne sont pas en allemand le même mot langue (le premier est Sprache et le deuxième est Zunge).

Explication 3 : en allemand, il y a certes plein trop beaucoup de dialectes, mais il n’y a pas vraiment d’argot comme chez nous, grâce auquel la moitié des mots du dictionnaire ont un deuxième sens, argotique, qui signifie « pénis ».

Explication 4 : pire que ça, il y a en allemand un état « Sachsen » (en français « Saxe »), avec lequel tout français ferait un jeu de mot plus ou moins vaseux. Mais un allemand ignore totalement le deuxième sens.

Un espoir ?

La seule blague allemande que je connaisse qui parle un peu de cul est très courte :
– les porsches c’est pour les mecs qui ont des petits zobs.

Enfin bon, à ce genre de blagues pas trop subtiles je me venge en utilisant à mon tour mon sourire de commisération.

Qui a raison ?

Selon Darwin, la reproduction passe avant tout, donc parler de cul c’est important, et parler de voiture, c’est nul.

Selon les statistiques de natalité des deux pays, mon analyse de Darwin est correcte.

Lachieren vos Komm

Chers lecteurs/-trices (comme ils écrivent en allemand),
chers fans (prononcer fèn en allemand, comme la musique qui se prononce jèzz, et en anglais quelque part entre les deux)
et particulièrement, chère je-ne-sais-qui que je fais rire à son bureau et qui a failli se faire capter par ses collègues (pour ça je m’excuse, moi j’ai un bureau individuel, nananère).

Il est maintenant possible pour n’importe qui, même des gens qui n’ont pas de compte Google de me dire en commentaire combien je suis merveilleux ou pas, vous plaindre que je me moque toujours des allemands ou toujours des français ou de tout le monde, me demander plus de conseils de drague ou des insultes en allemand (tiens c’est une idée pour plus tard ça, le genre de truc qu’on n’apprend pas à l’école), voire même des cours de bavarois.

Tout ça quoi !

Pfüa Gott!