Archives mensuelles : août 2012

Les prêts en Allemagne

Puisque personne n’a pas rien compris à c’est comment ça marche un prêt en Allemagne (même les banquiers n’ont pas l’air de savoir, ou alors ils définissent des termes compliqués avec d’autres termes compliqués qui se mordent la queue), alors je vais tout vous expliquer et vous aller tout comprendre, car en fait c’est facile.

Par rapport à un prêt français, il y a deux grandes différences :
– la première est qu’un prêt allemand n’est pas à durée déterminée (comme les études d’ailleurs, il leur a manqué un Descartes dans leur histoire). On ne dit pas « j’ai fait un prêt sur 30 ans », mais « j’ai un taux fixe sur 15 ans ».
– la deuxième c’est qu’on n’est pas limité à 30% du salaire. Le banquier regarde combien d’argent on a besoin pour vivre (y compris les vacances) et nous prend volontiers tout le reste.

Donc on oublie tout ce qu’on sait sur les prêts français et on recommence du début.

Imaginons qu’on veut faire un Darlehen (emprunt) pour une Darlehenssumme (somme) de 100.000€. Les banques proposent généralement des Darlehen à Festzins (taux fixe) sur 5, 10 ou 15 ans. Imaginons un Festzins sur 15 ans à 3% de Zinsen (taux d’intérêt).

Il y a un truc qui s’appelle le anfänglicher Tilgung, qui est généralement de 1%, et qui définit le minimum du capital que l’on doit rembourser la première année. Tilgung, ca veut dire « remboursement du capital », on comprendra que j’utilise souvent le terme allemand qui est plus compacte.
Donc, avec le angänglicher Tilgung de 1%, et les Zinsen de 3%, ca fait 4% du total à rembourser la première année, soit 4.000€. C’est ces 4.000€ qui définissent le remboursement minimum que l’on peut faire par an pendant 15 ans. La première année, ca fait un Tilgung de 1%, la deuxième année (capital restant 99.000€), il faut payer 3% = 2970€ de Zinsen, donc dans les 4.000€, il reste 1030€ pour le Tilgung, soit 1,03% de la somme initiale. C’est comme tous les prêts, le Tilgung augmente chaque année.

Un calcul de cochon dirait que comme on fait un Tilgung de 1% la première année, il faudrait 100ans pour rembouser 100%, mais en fait comme le Tilgung augmente chaque année, il ne faut « que » 48 ans, et en incluant les Zinsen, le coût total du Darlehen aura été de 192.000€ (environ le double de la somme empruntée… – je vous épargne les tableaux Excel, mais si vous avez besoin d’aide sur les calculs, je suis au point).

Sauf que le Zins est fixe seulement sur 15 ans, et on ne sait pas ce qui se passe après. Donc le banquier ne va pas dire « vous aller rembourser le prêt dans 48 ans, c’est bien », mais donnera le Restschuld (la somme qu’il reste à payer) après 15 ans : « très cher Kip, dans 15 ans, vous nous devez 83.000€, viel Spass ». C’est-à-dire qu’on a pas remboursé grand chose. Après 15 ans, il faut refaire un prêt, et si les intérêts sont passés à 10%, et que le salaire n’a pas suivi, on est dans la misère. Comme la banque a une hypothèque sur la maison, et que les prix de l’immobilier ont surement augmenté, ça lui est égal si on ne peut pas rembourser. On a déjà payé plein d’intérêt, et maintenant elle peut vendre la maison aux enchères, c’est la fête.

Heureusement, c’est là qu’intervient le Sondertilgung (remboursement de capital exceptionnel), et le verbe qui va avec c’est « sondertilguer ».
Dans le prêt de la banque, en général sous la ligne « anfäglicher Tilgung 1% », il va y avoir écrit « Sondertilgung 5% ». C’est-à-dire que tous les ans, si il nous reste des sous, on peut se payer une nuit au Sofitel, ou alors on peut rembourser du capital. C’est limité à 5% du capital initial par an (donc maximum 5.000€ dans l’exemple du dessus), car la banque veut, certes, qu’on lui rembourse son prêt, mais bizarrement pas trop vite quand même. Donc, même si on gagne au lotto, on ne peut pas sondertilguer sa race au prêt, on doit se le trainer encore quelques années.

Évidemment, comme j’ai dit plus haut, le anfäglicher Tilgung n’est qu’un minimum. On peut aussi s’arranger avec la banque pour tilguer 5% du capital la première année (et plus par la suite), ce qui avec le sondertilgung de 5% fait un total de mettage-de-claque à son prêt d’au moins 10% du capital initial, et un remboursement en moins de 10 ans, si on a les moyens. Le problème de s’imposer un tilgung de 5%, c’est que si une année on a des soucis financier, il y a peu de marge de manoeuvre. Je préfère personnellement un tilgung de 1%, et le reste en sondertilgung, mais ça oblige de gérer ses sous un minimum.

En plus de ça, il y a un truc de la loi allemande qui dit que tout prêt peut être renégocié – à l’initiative de client – après 10 ans. Donc, si on fait un prêt sur 15 ans, et que les taux ont baissé après 10 ans, on peut aller voir la banque, ou une autre banque, et racheter le prêt avec un autre plus günstig. La banque va pleurer, mais c’est obligé par la loi. Si on a gagné au lotto, on peut sondertilguer tout ce qu’il reste de capital après 10 ans.

Enfin un dernier point, qu’aucun banquier ne sait expliquer, et que j’ai donc dû m’expliquer à moi-même, c’est la différence entre le Sollzinssatz (aussi appelé « nominaler Jahreszins ») et le « effektiver Jahreszins ». On verra par exemple « Sollzinssatz 3%, effektiver Jahreszins 3,02% ». En très simple, le Sollzinssatz est le chiffre qui apparait en gros, et le effektiver Jahreszins est le taux d’intérêt qu’on paye en réalité. Et l’explication c’est comme suit :

Du temps où les banques étaient gentilles, les Tagesgeldkonto (comptes épargne) étaient capitalisés tous les mois (en Allemagne du moins). On touchait donc un taux d’intérêt de par exemple 2% par an, mais ces 2% étaient divisés en 12 mois, et chaque mois, l’intérêt perçu rejoint le capital et génère lui même des intérêts pour les mois suivants. On gagne donc en réalité des pouillèmes de plus que 2%. Depuis le temps, les banques sont moins gentilles, et la capitalisation était faite tous les trimestres, et depuis la crise de 2008, tous les ans (ça dépend de chaque banque individuellement, mais c’est mon impression générale).

Et bien pour les prêts, c’est l’inverse mais c’est pareil. Les intérêts que l’on doit sont calculés pour chaque mois, et le mois suivant on doit payer des intérêts sur les intérêts, et comme par hasard, ça ils n’ont pas pensé à le changer en un truc trimestriel ou annuel.

Voilà j’espère que c’est comprendrisible et rabarbant mais pas trop.

Le yaourt : cours de recyclage

Un yaourt (bio !!), si on est droitier, on ouvre le couvercle vers la gauche pour ne pas être gêné avec la main droite. Alors on verra quelque chose comme ça :
Et c’est bien dommage car en fait ce qui est intéressant c’est l’autre côté, où il y a beaucoup plus de choses à lire :
Et où on remarque en plus une tirette magique, qui est sur presque tous les yaourt allemands (même les non-bios je crois bien).
Quand on tire la tirette, on est récompensé avec encore plus de lecture !!

L’idée géniale est qu’au lieu de mettre un gros plastique dur, ils mettent un tout petit plastique fin (moins de plastique = + d’écololo et en plus ça s’écrase mieux dans la poubelle. Par contre c’est toujours du plastique en contact avec la nourriture, et donc bisphénol etc.) et un carton recyclé et recyclable qui solidifie la structure, et qui s’enlève et se trie à part dans la poubelle à cartons.

La première fois que j’ai tiré cette tirette, j’étais ravi, je voyais ça comme un pas réussi de mon intégration dans la culture allemande du recyclage. Mais en fait j’ai remarqué depuis que je ne connais aucun Allemand qui fait ça et donc je le fais moins souvent, suivant mon humeur.

Mais en fait le recyclage théorique du yaourt va plus loin.

D’abord, que faire avec l’intérieur s’il reste du yaourt ? On sait par exemple qu’on est censé laver les pots en verres avant de les mettre dans la poubelle de verre (Quel est l’intérêt écologique de laver quelque chose avant de le mettre à la poubelle, sachant que le verre de la poubelle sera ensuite lavé et désinfecté dans la décharge de verres ?) 

Comme c’est un yaourt bio, et qu’il y a une poubelle qui s’appelle la « Biomüll » je me suis dit que si mon yaourt n’est pas bon, il faut jeter le contenu dans la Biomüll, le carton dans la poubelle à carton et le plastique dans la poubelle à plastique. Mais en fait non, car la Biomüll n’est pas pour le bio mais pour les déchets végétaux. Donc un yaourt de jus de vache, même bio, ne va pas dans la Biomüll, alors que probablement un yaourt au soja, même non bio, devrait pouvoir se mettre se mettre dans la Biomüll…

L’autre jour que je me promenais au milieu des jolies poubelles de tri qu’on a dans la rue :

Grünglas : poubelle à verre vert.

 En plus de remarquer qu’on a pas le droit de jeter ses poubelles le dimanche, j’ai appris un élément supplémentaire sur le recyclage du yaourt.

Là, en tout petit, dans la liste de ce qui va dans la poubelle « Dosen/Alu » (conserves et aluminium), on lit : « Alu-Joghurtdeckel ». C’est-à-dire qu’en plus de séparer le carton, laver le plastique, mettre dans la poubelle à plastique, on devrait séparer le couvercle à part, le laver aussi bien sûr, et le mettre dans cette énorme poubelle.

Ils sont fous ces Allemands ! (En allemand ça se dit : « Die spinnen, die Deutschen », mais ça n’a rien à voir avec les araignées)