Archives mensuelles : décembre 2013

Zedernbrot et Walnussmakronen

Noël n’a qu’à bien se tenir (Weihnacht hat nur sich gut zu halten??), nous on est prêt.

Comme tous les ans, on amène nos boites en fer pleines de Plätzchen

Les Plätzchen ! C’est un mot plutôt imprononçable. Moi je triche, je prononce « plätschen » sans le ‘z’ et avec un ‘ch’ bien français. Sinon il faut s’y reprendre à deux fois, d’abord on dit ‘plätz’, puis on respire un bon coup et on dit ‘chen’ (NON par ‘schen’ mais ‘chen’, c’est la même différence qu’entre une église et une cerise – Kirche / Kirsche).

Bon, mais même si le mot fait peur, en fait c’est juste des petits gâteaux de noel, que traditionnellement toute famille prépare à partir du début du mois, laisse un peu sécher/durcir dans des boites (de fer !! Le plastique c’est pas automatique) et en général c’est bon.

Cette année on a fait un revenant : le Zedernbrot.

Quelques Zedernbrot

Le nom veut dire littéralement « pain de cèdre », et on a été gentil cette année de les mettre en forme de sapin pour qu’il mérite un peu mieux son nom, mais en fait il n’y a pas de forme prédéterminée. L’année dernière, c’était en forme de lune.

Le biscuit lui même n’a rien à voir avec le nom. C’est principalement de la noisette en poudre (pas de farine, pas de beurre), et par dessus un glaçage au citron (qui est devenu bizarre au séchage, mais le gout reste le même).

Selon Wikipedia qui sait tout, le nom a en fait un lien indirect avec Zedern. Le nom vient de Cedrat (en français « cédratier » pour l’arbre, « cédrat » pour le fruit), une espèce de citronnier (en rapport donc avec le glaçage au citron). L’odeur de l’écorce de cédrat sent parait-il le cèdre, d’où les deux noms qui se ressemblent. Pour une fois c’est pas un hasard.

Et puis on (ma gentille femme) a fait aussi des Walnussmakronen. Parce que sinon le mot ne serait pas dans le titre du post de blog.

Ça ressemble beaucoup à nos Kokosmakronen de l’année dernière, qui avaient un gout un peu trop intense en coco. Sauf que là c’est pas des makrons au coco, mais des makrons à la noix. « Makron », qui je pense ressemble à macaron pas non plus par hasard, est en fait la même chose, du blanc d’oeuf au sucre (une meringue, mais en allemand on dit « Baiser »).

Sauf que quand on appelle ça « Makron » au lieu de dire « macaron », on a le droit d’être un peu plus sauvage avec la forme. Ce qu’on voit là, c’est pas des macarons ratés, mais des Makrons réussis.

Sinon, je voulais dire que pour toutes les bonnes choses, platchen ou gateaux de noels, on utilise le livre de Dr Oetker « Backen macht Freude » (cuisiner c’est trop du bonheur), mais moi je dis « Backen macht FreuNde » (Quand on cuisine on gagne des amis) parce que je suis trop drôle alors je vous en fait profiter sauf que finalement des gens qui viennent chez moi manger mon gateau, c’est pas vraiment des amis.

Sur Amazon on peut le feuilleter un peu
(liens: amazon.DE ; amazon.FR )
 

Et ce que je voulais dire c’est que dans ce livre, les quantités des ingrédients sont toujours impec exactes, et on sait toujours ce qu’on doit faire. C’est par exemple différent dans mon livre de super-recettes de desserts français « Le Petit Larousse pâtissier » qui a des super photos et toutes les pâtisseries essentielles, mais dont on doit ajuster les ingrédients pour une recette sur deux – évidemment après un premier échec… et où parfois on ne comprend pas bien où ils veulent en venir.

Et puis comme je ne suis pas sûr d’avoir le temps de rebloguer pendant les fêtes, j’en profite pour souhaiter déjà à tous les fans qui me lisent (c’est gentil merci) une bonne glissade dans la nouvelle année, comme qu’on dit ici.

Rutschez bien ! 🙂

Un Noël sans Amazon ?

La vie d’un expat n’est pas toujours facile, notamment à Noël.

Le problème principal est pour offrir des cadeaux. On m’informe que les gens veulent des cadeaux aussi cette année. C’est dommage, ça serait bien plus simple d’arriver les mains vides. Manger, prendre les cadeaux (passke moi quand même j’y ai droit non ? Avec tous les kilomètres que je fais spécialement), et repartir à la famille n°2 – un expat marié a deux familles à visiter – manger, prendre les cadeaux, rentrer chez soi et puis voilà.

Mais non c’est pas si simple.

Peu importe si j’offre des cadeaux ou non (quel suspens pour la famille qui me lit :p ), il faudra ramener les cadeaux que j’ai mérités par ma simple présence (les gens se battent pour m’avoir à leur noël… du moins c’est comme ça que je le vois, merci de ne pas me détromper), ce qui fait que de toute façon il est beaucoup plus pratique d’y aller en voiture qu’en train ou avion. Ça résout déjà la question logistique.

Mais la question la plus difficile est où acheter quoi. Il y a le choix entre acheter sur place – en Allemagne donc – et emporter avec soi, ou acheter sur Internet et faire livrer directement en France. Je ne considère pas la troisième possibilité, qui consiste à acheter en France 2 jours avant noël (bonjour le stress !).

À part quelques exceptions, la famille en France ne parle pas allemand. Et je les comprends, autant l’anglais est facile (si si !), autant l’allemand ne s’apprend pas vraiment sans motivation. Et comme on peut bien se débrouiller en Allemagne en parlant anglais, la motivation est basse (déjà moi…).

Bref pour cette raison, j’achète d’habitude tout sur amazon.fr et fait livrer à destination. Mais maintenant que je lis le monde diplomatique, j’ai de plus en plus de problèmes d’éthiques (d’ailleurs il faut toujours que je fasse le vaccin contre les tiques).

Dans le numéro du mois de novembre, il est expliqué qu’en Allemagne, où le smic n’existe pas, Amazon paye environ 80% du salaire moyen dans le domaine. Les employés ont des gps au cul au bras pour savoir toujours où ils sont, et ils doivent faire chaque mois mieux que le mois d’avant (là où je travaille c’est pareil, avec la consigne supplémentaire que tout le monde doit être au-dessus de la moyenne). Ceux qui se syndiquent sont montrés du doigt. Et plein d’autres choses pas jolijoli. Pour cette raison, les employés ont décidé de faire grève en décembre. Je ne sais pas si c’est pareil en France, le pays expert en grève-de-solidarité.

Amazon, gentil, culpabilise les employés (mais comment osez-vous gâcher le noël des enfants ? – je ne sais plus où j’ai lu ça, mais c’est authentique) et rassure ses clients : pour éviter que la grève ait un effet sur mon noël, ils vont embaucher plein de travailleurs de l’Europe de l’est – Pologne, Bulgarie, Roumanie sont les pays qui reviennent toujours dans les discours – les payer encore moins cher, et eux vont faire le travail. Il est bien possible qu’ils décident ensuite de renvoyer les grévistes.

On apprend d’autre part dans un autre monde (Forbes), que Jeff Bezos, fondateur et chef d’Amazon, possède 27 milliards de dollars. On se demande donc pourquoi il ne veut pas simplement payer ses employés un peu plus.

Alors quoi faire ?
Si je ne commande pas sur Amazon, il va faire faillite et licensier des employés.
Si je commande sur Amazon, je soutiens la grève – car le but de la grève est que le client ne soit pas livré à temps et fasse pression sur Amazon pour qu’il améliore la condition des salariés – mais ils vont utiliser les travailleurs pas chers, et donc la grève n’aura pas d’effet.

On apprend encore plus récemment qu’Amazon utilise ses bénéfices pour développer un service de livraison complètement automatique par drones quadcopters. Donc de toute façon les employés seront bientôt virés, ça c’est pas bien, et moi je ne serai plus dépendant des aléas de la poste allemande (beaucoup de problèmes récemment) et ça c’est bien.

[edit : et j’ai oublié de mentionner qu’Amazon ne paye pas les impots qu’elle devrait , ni en France, ni en Allemagne]

En fait l’exemple d’Amazon illustre bien trois aspects (1, 2, 3) de la crise actuelle en Europe.

(1) D’abord que l’Allemagne triche par son absence de revenu minimal. Ça lui permet d’exploiter les allemands, ou les européens de l’est, notamment dans le secteur de l’alimentation, de produire pas cher, et de pourrir les économies des pays voisins qui eux sont obligés de payer leurs employés assez chers pour qu’ils puissent se loger (quoique).

D’ailleurs maintenant que j’en parle, Angela Merkel, qui lit mon blog avant qu’il ne soit écrit, vient de décider d’introduire un revenu minimum. Ça serait 8,5€ de l’heure et il doit être en place avant 2017 (pour en savoir plus: Spiegel (en allemand)). On verra bien les conséquences.

(2) Avec l’automatisation il n’y aura plus de travail pour tout le monde. Donc de plus en plus de chômeurs (c’est ce qu’on appelle le progrès technologique). Bizarrement on cherche encore à lutter contre le chômage en essayant de trouver un emploi à tout le monde. Si le sujet vous intéresse : l’une des solutions est le revenu de base. Éventuellement se faire offrir pour noël ce livre pour comprendre des trucs sur l’économie qu’on nous explique souvent de travers.

(3) Les riches sont trop riches. 27 milliards c’est inconcevable, et c’est même impossible à dépenser dans une vie. Pour moi-même, j’aurais des idées pour 10 millions peut-être, mais pas plus. Un terrain coute à Munich 1000€ par mètre carré. Pour 1 million on a 1000m2, ce qui suffit largement. Une maison neuve coute un demi-million. Un steinway neuf ne coute que 136.000 euros. Ma croisière de rêve pour la retraite: 25.000 euros avec balcon. Un manteau pierre cardin coute 300 euros. Bref c’est difficile d’arriver à 10 millions.

Et mes cadeaux, je les achète où ?