Archives mensuelles : février 2014

Les tableaux de Cornelius

L’histoire qui suit commence dans un train entre Zurich et Munich, le 22 septembre 2010, à 21 heure. Le cadre est planté 🙂

Pendant un contrôle de routine à la douane (d’habitude, les policiers passent dans les rangs et ne contrôlent personne (sauf parfois les gens trop bronzés)) un certain Gurlitt Cornelius (déjà le nom est super pour raconter une histoire), autrichien de 79 ans, se fait contrôler quand même. Il a sur lui 9.000€ en liquide. Il n’y a pas besoin de déclarer en dessous de 10.000€, et il est donc en règle. Mais le contrôleur allemand qui avait eu une mauvaise journée, ou qui n’aimait pas les Autrichiens, a trouvé ça louche et a dénoncé une possible évasion fiscale.

Après plein de paperasses bureaucratiques, des enquêteurs obtiennent la permission de fouiller son appartement à Munich en février 2012. Ils y trouvent, posés négligemment dans un coin (un gros coin), 1406 tableaux de peintres pas trop connus comme Renoir, Matisse, Picasso, Paul Klee, etc. La routine quoi. Cornelius n’a pas de travail et vendait ses peintures au compte goutte à chaque fois qu’il avait besoin d’argent. On n’a appris ça que récemment, en novembre 2013, car les journaux ont respecté le secret pendant l’enquête (oui, les journaux allemands ils font qu’est-ce qu’on leur dit 🙂 ).

Évidemment, comme toutes les histoires allemandes, il y a soit un rapport avec les voitures, soit un rapport avec les nazis. Dans ce cas, si vous avez bien suivi, il a pris le train : il s’agit donc d’une histoire de nazi.

En effet, un certain nombre de ces œuvres sont identifiées comme ayant appartenu précédemment à des juifs, et ayant disparu quelque part entre 1939 et 1945. Il se trouve que le père de Cornelius Gurlitt était marchand d’art. Il avait acquit certaines peintures légalement. Les autres étaient tombées du camion train. Comme toute la collection avait soi-disant brulé à Dresde en 1945, et que ça paraissait crédible, personne n’a été vérifier.

Cornelius a donc « hérité » de ces peintures à la mort de son père en 1956. Il y avait à l’époque un impot sur les successions (Erbschaftsteuer) et un impot sur la fortune (Vermögensteuer – aboli en 1997). Sauf qu’il est autrichien, et même si les peintures étaient en Allemagne, il me semble que c’est le droit autrichien qui s’applique ? Si j’ai bien compris, en Autriche, l’impot sur les successions a été instauré en 1955 et aboli en 2008, et il y avait aussi l’impot sur la fortune (jusqu’en 1994). Bon alors c’est pareil.

Sauf que c’est encore plus compliqué que ça : en fait c’est sa mère et lui qui ont hérité en 1956. Comme j’ai expliqué, ils auraient dû payer des impôts alors, mais ne l’ont pas fait. Mais comme ça fait longtemps, il y a aujourd’hui prescription (Verjährung).  Par contre, Cornelius a hérité l’autre moitié de sa mère en 2011 (si j’ai bien suivi ?), et pour ça il devrait théoriquement (l’affaire est encore en cours de jugement) payer un impot d’environ 150 millions d’euros (ce qui revient à vendre 1 ou 2 peintures…), et aussi payer un impôt sur l’argent qu’il a gagné avec les tableaux déjà vendus.

C’est fou non ? Mais c’est pas fini !

La semaine dernière, les enquêteurs ont finalement aussi fouillé sa résidence principale à Salzbourg en Autriche. Ils ont probablement été très déçus de ne trouver que 60 tableaux (quelques Monet, Renoir et Manet : tout le monde à ça dans son grenier, non ?).

Les tableaux ont été confisqués, et ils essayent de décider : si il doit payer des impots ? rendre les tableaux volés à des descendants qui ne les ont pas forcément mérités non plus ? (et eux devront-ils payer des impots ?) Pas sûr : il y a prescription pour les vols de plus de 30 ans. Mais d’un autre côté il s’agit de vols nazis, et il y a encore une certaine obsession irrationnelle sur le sujet, que l’on voit par exemple à la télé (au moins un documentaire sur Hitler tous les soirs) et dans les librairies (la moitié du rayon « histoire de l’Allemagne » concerne les 6 années de la seconde guerre mondiale).

Ou sinon ils pourraient peut-être juste le laisser tranquille à 81 ans ? Mais s’ils lui rendent tout, maintenant que l’affaire est connue, il risque de se faire cambrioler… il ferait donc mieux de tout louer à un musée.

Déjà bu ?

Oui, non, peut-être, je sais plus ?

« Déjà bu ? » est un tout nouveau bar à vin français à Munich (Buttermelcherstraße 2a pour être précis) où on peut boire de la bière, et aussi du vin – j’y reviens plus bas. Il a ouvert au début du mois dans un quartier qui a déjà plein de bar à vin – normal, c’est le quartier français. Il est tellement nouveau que le site web http://deja-bu.de/ n’est pas encore prêt.
[edit: ça y est, le site web est là 🙂 ]

Il se trouve que je connais quelqu’un qui connait quelqu’un qui connait le patron (Nico pour les intimes), et donc je ne peux en dire que du bien 🙂 – parce que bon si j’en dis du mal (on ne sait jamais qui me lit, mais d’un autre côté, on ne sait pas qui je suis) et que j’y retourne, ça va mal se passer pour moi.

Mais d’abord je vais expliquer le principe.

Puisque le bar pose la question « Déjà bu ?« , j’y suis allé deux fois : une fois sans boire avant, et une autre fois en ayant déjà quelques grammes d’avance (au Walter und Benjamin comme ça je peux comparer les deux).

Alors l’idée c’est qu’on y boit du vin.

Voilà 🙂

L’ambiance est assez relaxe, la moitié des tables sont des barriques de vin. Les chaises sont en bois avec des petits coussinets (sauf le rebord de fenêtre dont mes fesses se souviennent).
[edit: il y aura maintenant des coussinets, cf. commentaires ]

Il y a donc du vin, français, mais pas trop de choix, environ une vingtaine de blanc ou rouge différents, et 3-4 champagnes. L’idée est que le choix devrait varier souvent, et que les bouteilles restent à un prix abordable, de 15 à 45 euros si j’ai bien compris. On peut aussi déguster au verre au lieu de prendre la bouteille, pour environ 3€ le verre c’est tout à fait raisonnable. Du coup j’ai déjà gouté à peu près à toute la carte.

C’est complètement différent du Walter und Benjamin où l’ambiance est assez proutprout, genre il faut réserver avant, et où il y a un choix immense, de 10€ la bouteille à 200€ ou plus, de toutes les régions du monde, mais où le prix annoncé est en fait le prix de si on prend la bouteille pour la boire dehors sur le trottoir devant le bar, où il fait froid, et où on est obligé de supporter les fumeurs. Si on veut une place assise au chaud on doit payer le droit de bouchon, qu’ils osent facturer à 15€ la bouteille et ça c’est un peu abusé quand même.

Pour y manger, le déjà bu (aah c’est toute une gymnastique digitale à taper ce mot avec un clavier allemand) propose des planches de charcuteries, de fromages et de foie gras, servis sur des ardoises, ça j’aime bien 🙂

Le foie gras est fait maison par le chef, et il est très bon.

La charcuterie (chorizo français, pâté, saucisson et d’autres trucs) provient de petits producteurs français qui font ça avec amour, et aussi avec du cochon.

Les fromages sont classés du qui-pu-le-moins au qui-pu-le-plus : un gruyère(?), un brie qui ne pue pas encore, un chèvre (je sais plus lequel), laguiole, maroilles, bleu. Idéal pour moi, il n’y a que le bleu que je n’aime pas, alors qu’en général, une assiette de fromages français, en Allemagne, c’est : bleu jeune, bleu vieux, bleu décrépit, camembert qui courre tout seul, fromage à la croute orange qui colle et qu’on sent encore aux doigts trois jours après, malgré savon super-décapant, et un morceau de beurre. Car pour un allemand, un fromage français ça doit puer, mais le gout on s’en fout. Moi je mange le beurre et je laisse le reste.

Pour comparer encore avec le Walter und Benjamin proutprout, là aussi on a commandé une assiette de charcutaille-fromage, et on a eu une assiette avec 90% de jambon de parme, tous de la même marque et du même gout – c’était bon, mais peu varié – et des tout petits morceaux ridicules de gruyère et de bleu. Je ne peux pas dire que du mal du Walter und Benjamin quand même : pour y manger, ils ont aussi des vrais plats cuisinés qui ont l’air pas mal du tout ! Mais l’assiette de charcutailles bofbof.

Au niveau dessert, chez Déjà bu : rien le premier jour. La deuxième fois, on a eu des fruits. La troisième fois on devrait avoir de la crème brulée (?) Je suis gespannt.
 [edit: il y a maintenant des desserts des Tages :), cf. commentaires ]

À propos de boire de la bière dans un bar à vin, même si ça à l’air bizarre, c’est obligatoire à Munich. En effet, la plupart des bons locaux pour les restos sont possédés par les grandes brasseries munichoises (Augustiner, Hacker Pschorr, Paulaner, et leurs copains). Si on veut ouvrir un resto, on doit leur payer un loyer, leur lécher les bottes, et signer un contrat qui dit que :
– dans ce resto on ne peut boire que cette marque de bière, (du moins en bière pression, on peut parfois avoir d’autres marques en bouteille) ;
– et pour continuer d’occuper les locaux, le resto doit vendre une certaine quantité de bières. Je ne sais plus si c’était 20 ou 30 litres par jour, mais quelque chose de cet ordre.

Du coup, pour un bar à vin, c’est pas pratique.

Médecin en Allemagne pour touriste français

On est en février, il fait froid (mais pas trop), et il n’y a rien de particulier à faire à Munich (la neige pour le ski est nulle, et de toute façon je ne ski pas). Donc j’en profite pour faire des checkups chez les médecins pour m’occuper.

En Allemagne, comme vous le savez – ou pas – il y a deux types de médecins, les médecins privés et les médecins publics. Si tout le monde peut voir un médecin public, les privés sont réservés à ceux qui ont une assurance privée. Je ne sais pas s’ils sont mieux, mais ce qui est sûr c’est qu’ils sont beaucoup plus chers.

Personnellement, je suis assuré dans le privé, et je n’utilise que des médecins privés. Je n’ai pas vraiment d’arguments pour ou contre, sauf qu’au début que j’étais en Allemagne, j’avais visité un médecin généraliste public, que j’avais trouvé nul, et depuis je visite un médecin privé, qui est supère sympae (c’est une femme) – même si l’accent bavarois c’est un peu galère parfois, et aussi beaucoup plus compétente  – vous en connaissez beaucoup vous des médecins généralistes qui vous font directement une échographie sans devoir prendre rendez-vous ailleurs ? (d’ailleurs je n’avais rien, bonne nouvelle). Par contre je n’ai jamais eu une facture en dessous de 150€ – mon assurance rembourse, heureusement.

Mais pour en revenir au titre de l’article, je me suis demandé comment je fais si un touriste français, par exemple de la famille, a besoin de voir un médecin, par exemple pour une gastro ?

Au niveau de la langue, ce n’est pas trop un problème. Normalement, les médecins savent parler anglais, car ils doivent rester à jour en lisant les publications en anglais. Et de toute façon, je peux toujours accompagner titi-tintin et faire la traduction.

Mais au niveau de l’assurance, est-ce que je peux emmener mon touriste français chez mon médecin privé ?

Et bien oui, mais ça va lui couter super cher à mon touriste français. En effet, l’assurance française ne rembourse que le prix normal qu’aurait couté un médecin public en Allemagne. C’est parce qu’il y a des accords entre les assurances publics allemandes et la sécurité sociale. Donc en fait, le touriste français est considéré comme un assuré public allemand. Sauf que…

Encore faut-il pour cela que le touriste français ait pensé à faire faire une carte européenne d’assurance maladie (CEAM pour les intimes) avant son départ. Il faut penser à la demander quelque temps en avance, et cette carte n’est valable que 3 mois. Pourquoi juste 3 mois ?? Bien sûr pour dissuader ceux qui voudraient venir me voir tous les ans !

Si vous n’avez pas fait faire la carte et que vous avez quand même eu l’idée de venir me voir et d’attraper une gastro, c’est le bordel, mais il y a quand même une solution qui se termine par un remboursement. Tout est expliqué là :

http://www.cleiss.fr/particuliers/je_pars_en_vacances__allemagne.html

Mais, vous vous demanderez peut-être par revanche si ça pourri aussi la vie du Kip à Munich, quand il rentre en France et qu’il a le mal du pays ? (une bière ou je fais un malheur!!). Et bien que nenni, le Kip à Munich il a une super assurance privée internationale qui déchire. Dans n’importe quel pays, je paye les médecins directement de ma poche, et je fais suivre ensuite la facture à mon assurance qui rembourse généralement en moins d’une semaine.

Et à mon avis ça devrait être comme ça pour tout le monde, si l’Europe était un truc sérieux, et pas juste une grosse blague que personne ne comprend.