Le vote de ouf

Il y a environ 1 mois j’ai reçu une gentille lettre (je classifie comme gentille lettre tout ce qui n’est pas une facture) me disant que même si je suis un espèce d’étranger, j’ai le droit de vote, et ça serait bien que je l’utilise. Les Allemands, eux, n’ont pas reçu cette lettre. Du coup j’ai su avant tout le monde qu’il allait y avoir un vote.

De la lettre, écrite dans un allemand bureaucratique incompréhensible, j’ai compris que :
– c’est un vote pour la ville de Munich.
– j’ai 80 voix à moi tout seul ! Ça c’est parce qu’il savent que mon opinion est super importante.

J’ai attendu désespérément une enveloppe avec une feuille par parti, expliquant un peu le programme de chacun, comme on a en France. Mais en fait ça ne se passe pas comme ça ici. Seuls les partis qui ont un peu de sous envoient quelque chose, d’une simple feuille à un grand livret (CSU) selon la richesse de chacun. J’ai reçu des informations sur trois partis. J’ai appris le jour du vote qu’il y en avait en fait quatorze.

Comme je n’ai rien compris, j’ai demandé autour de moi aux autochtones, et personne n’a rien compris. Je suis donc maintenant bien intégré puisque je comprends pas rien, aussi bien qu’un Allemand.

J’ai donc décidé d’aller voter, pour mieux comprendre. C’était aujourd’hui 🙂

J’arrive donc muni de ma carte d’identité, et de la lettre officielle (ici, on n’a pas une carte électorale, mais on reçoit une lettre avec la date et lieu du vote, et c’est ça qu’on présente). Malgré mon insistance et mon accent d’espèce d’étranger, personne n’a voulu regarder ma carte d’identité. On peut donc voter pour quelqu’un d’autre si on lui vole son courrier. D’ailleurs on ne signe pas non plus.

En échange de mon sourire hébété et de mon accent et de ma carte d’identité on me donne trois papiers. Trois pour le prix d’un, je suis ravi !

Je vais donc me cacher dans l’urne l’isoloir (merci Marc!), plein de gespanntitude. L’isoloir n’est pas une cage noire avec un rideau, mais juste une table avec des panneaux à droite et à gauche.

Je déplie le premier papier. Ah tiens, on vote aussi pour le maire de Munich (Oberbürgermeister – le maitre du burger d’en haut ?) !

Je déplie le deuxième papier. Ah tiens, je ne savais pas qu’il existe un représentant du quartier (Stadtbezirk) ! Super important car je n’en ai jamais entendu parlé. Donc je vote au pif.

Je déplie le troisième papier, celui tant attendu pour choisir les 80 clampins du Stadtsrat (conseillers municipaux ?). Puis le déplie encore. Puis encore une fois. On m’avait prévenu qu’il serait assez grand, mais j’avais cru qu’il ne dépasserait pas la taille de la table. Je continue à déplier. Tiens, je vais faire comme les journalistes professionnels et recopier bêtement les tweets au lieu de faire des photos moi-même.

C’est pas comme en France où on doit mettre un papier dans une enveloppe ; ici en Allemagne, le vote ressemble plutôt à un QCM où on doit mettre des croix un peu partout. Chaque colonne est un parti avec la liste des candidats. Il y a 14 colonnes et jusqu’à 80 lignes par colonne.

Les instructions abrégées sont les suivantes : vous avez trois papiers. 1 voix pour le premier, 11 (? je sais plus bien) pour le deuxième et 80 voix pour le troisième papier. Démerdez-vous !

Quand on lit les instructions plus en détail, on regrette. En gros, on a 80 voix, mais on peut mettre une croix juste pour un parti. Alors les personnes de la liste reçoivent un nombre de voix entre 1 et 3, suivant leurs positions et la position des astres à l’heure du vote. On peut aussi cocher un parti, mais donner 1 à 3 voix à une personne d’un autre parti, tout en rayant les gens qu’on n’aime pas dans le parti initial. Bref, ceux qui veulent peuvent y passer la journée (il faut quand même prévoir 30 minutes de rab avant de rendre sa copie pour avoir le temps de replier le papier correctement). Ceux qui doivent ensuite relire les bulletins – et vérifier que la somme ne dépasse pas 80 – peuvent y passer la nuit (Ah mais on m’apprend qu’ils ont des machines pour ça maintenant, ouf!).

Le seul hic : je n’ai reçu aucune présentation des différentes personnes, je ne les ai jamais vu à la télé, ni dans les journaux. Je peux certes créer mon propre cocktail des candidats, mais le seul critère que j’ai pour les juger c’est s’ils ont un nom rigolo, un nom sérieux ou un nom de crétin.

Moi j’avais faim et j’étais pressé. Je choisis donc l’option la plus simple : je coche juste un parti et puis ils n’ont qu’à se débrouiller pour les détails. La démocratie c’est bien mais ça ne marche pas quand on a faim si on laisse voter les gens sans les informer avant, ça va couiller.

 

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2 réflexions au sujet de « Le vote de ouf »

  1. Ingrid

    Bonjour,

    Je viens de découvrir ce blog.

    Allemande, vivant en France, je peux comprendre votre étonnement face à ces élections. J’ai bien aimé votre manière – même pas si caricaturale – de décrire les élections.

    A Munich, vous avez eu la « chance » d’être confronté à des bulletins particulièrement XXXL ; dans les plus petites villes leur taille est quand même plus raisonnable.

    Quant au programmes des partis en France qui sont distribués dans les boîtes au lettres, je trouve que c’est une très bonne idée pour plus de démocratie. Il faudrait proposer cela aussi en Allemagne.

    Mais tant que cela n’existe pas en Allemagne, vous pouvez vous informer sur les sites Internet des partis respectifs ou en lisant régulièrement les quotidiens régionaux, – pour Munich c’est la Süddeutsche.

    Ingrid

    1. Kip Auteur de l’article

      Salut, désolé pour le délai de publication du commentaire. Je n’ai qu’un accès restreint à Internet ces derniers temps.

      Ton blog m’a l’air très intéressant pour parfaire mon allemand 🙂 J’irai le parcourir dès que ma connexion Internet « normale » est rétablie 🙂

      PS: je lis déjà le Süddeutsche, mais je trouve les articles sur la politique particulièrement inintéressant (pour moi l’expat). Notamment un des problèmes est qu’ils supposent que le lecteur connait déjà chaque parti, et donc ne parlent que de petits détails, alors que j’aurais besoin d’un crash-course.

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